Leçon n°65 : Devenir serveuse

Je me retrouvais à faire le service. Juste le temps d’un weekend. Je devenais l’espace d’un instant une serveuse que l’on appelait en sifflant, en claquant des doigts ou plus simplement d’un simple regard. C’est en tout cas l’image que j’avais des serveuses. Cette image un peu sale d’une nana qui était juste un argument de vente et un objet racoleur pour attirer tous les hommes du quartier. Alors, quand mon voisin m’avait demandé de le dépanner un week-end, juste pour un soir pour être précise, je m’attendais au pire. Je me voyais déjà me faire emmerder par tous les gros relou, me faire tenir la jambe par les vieilles à chien, me faire toucher les culs par les plus audacieux. J’allais vivre un enfer.

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Mais j’avais dit oui. Ma bonté me perdra. Et lorsque le grand soir arriva finalement, je me préparais pour le combat. Pas de jupe affriolante, pas de décolleté à faire tomber les plus coriaces, pas de rouge à lèvres et pas de parfum envoûteur. Je ne tentais pas le diable qui dans mon cas allait être un vieux con bourré.  Et j’arrivais au bar. J’avais vu juste. Ils étaient tous là. Le mec déjà bourré à 20h qui commandait sa 4ème bière, la grand-mère avec son petit chien couleur feu et le barman plutôt sexy. Et le barman plutôt sexy ?! Je n’avais pas pensé au barman plutôt sexy. Et pourtant, le voilà. Ce mec au pull bleu, au jean pas assez serré et aux yeux noisettes. Le mec pas forcement beau mais dont tu tombes amoureuse sans même te poser de question, celui aux blagues un peu douteuses mais auxquelles tu ne peux pas t’empêcher de rire, celui à qui tu demandes le cocktail qu’il veut avec ton plus beau sourire. Il était là, et il était mon collègue pour la soirée.

Et j’étais tombée dans le piège, j’y avais cru moi aussi, à son discours sur le meilleur cocktail du monde, à son petit sourire en coin, à sa main dans le dos quand il passait derrière moi. Et il m’aidait. A tout à vrai dire. Parce que j’étais nulle. Je ne savais pas servir, je ne connaissais ni les bières ni les vins, je ne pouvais même pas indiquer les toilettes. Heureusement il était là, prêt à voler à mon secours. Et à celui de toutes les autres visiblement. Il était son propre cliché. Il laissait son numéro de téléphone sur les tickets de caisse, donnait un clin d’œil à chaque commande, et empruntait un accent qu’il n’avait même pas.

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Et alors que je servais un trio de vieilles mégères qui se battaient une bouteille de Chardonnay avant de terminer mon service, que je déposais mon chiffon, que j’allais enfin être libérée de ce qui n’était finalement pas si terrible, je compris, à sa façon de me regarder, qu’avec moi c’était diffèrent. Je n’étais pas ces minettes qu’il servait à la pelle et qu’il draguait uniquement pour gonfler son pourboire. J’étais l’élue de son cœur, celle qui allait le rendre accro et qui le ferait changer. C’était une évidence. Pourquoi ? Parce qu’il m’avait couru après, qu’il voulait me parler et qui comme dans un film, m’avait stoppée en m’attrapant par le bras. Il m’avait retournée, m’avait dit qu’il avait aimé notre soirée et qu’il aimerait me revoir. J’étais conquise, et lorsque j’allais dire oui, que j’allais même lui sauter au cou, il me tendit son numéro … sur un ticket de caisse ! C’est officiel, Mary Bridgestone, tu es la serveuse la plus naïve du quartier.

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