Leçon n°64 : Courir le semi-marathon

Je m’entrainais pour le semi-marathon. C’était ma nouvelle lubie. Je voulais repousser mes limites. Mon but : devenir une sportive. Et juste pouvoir me la péter devant les non coureurs. « Tu cours ? » « Ouai, j’ai fait le semi » « Le semi ? ». Je pourrais voir leurs yeux s’écarquiller, leurs jalousies grandir, leurs envies les transporter. Je deviendrais leurs héros. Et vous saviez au combien j’aimais être admirée. C’était ma passion, être le centre de l’attention. Alors je devais y mettre le paquet, pour y arriver encore cette fois.

Je m’entrainais toutes les semaines. D’abord 2km, puis 5, 10 et enfin 15. J’étais passée par tout. Le souffle coupé, les 30 litres de sueur qui recouvrent mon corps, les courbatures du lendemain, l’enfer de marcher 300 mètres. Mais j’avais fait ces 15 km. J’y était presque. Mais alors que j’avais presque réussi, qu’à 5 kilomètres près j’étais sur le point d’accomplir ce pour quoi je m’étais entraînée des semaines, j’allais abandonner.

give up

J’avais besoin d’aide. Et ma mère eu l’idée du siècle. Il me fallait quelqu’un qui m’accompagnait, quelqu’un qui soufflerait aussi fort que moi, quelqu’un de moins entraîné qui me mettrait en valeur. Je cherchais, mais rien. Personne n’était à la hauteur. Puis apparu l’évidence : le chien. Le chien de mes parents serait parfait, et avec un peu de chance il calmerait ses ardeurs en foulant du gravier.

J’allais le faire. C’était le jour, ce jour où je me décidais enfin à accomplir ce pour quoi j’étais née, ce jour où je deviendrais la plus grande coureuse du monde ou au moins de la résidence. J’enfilais mes baskets, remplissais ma gourde et préparais Franck au grand départ. Tout était prêt.

Je démarrais sur les chapeaux de roues, je sentais mon souffle parfaitement posé, mes muscles s’activaient comme il le fallait, et mon chien suivait la cadence. Mieux, il me portait. Il donnait tout et pour la première fois, je l’appréciais presque. Il voulait que je réussisse et me motivais.

Je jetais un œil sur ma montre. 6 Kilomètres et 503 mètres. J’avais encore pas mal de chemin.

WONDER WOMAN

Et on traversait tout. Les sentiers battus, les chemins plein de boue, les graviers, le béton. Rien ne me faisait peur et je bouffais littéralement les kilomètres. 12 kilomètres 600 mètres. J’y étais presque. Mais je fatiguais. Je m’essoufflais et étais sur le point de lâcher. Et Franck me changea les idées. Sans le vouloir et à mes dépends. Alors que je crevais les lèvres déshydratées, les poumons en feu et la langue au vent, je le vis partir telle une flèche malgré tous les kilomètres qu’il avait déjà dans les pattes. Il parti telle une lionne derrière sa proie, tel un prédateur derrière son repas. Et c’était à peu près ce qu’il était devenu.

Des moutons, il avait vu des moutons et avait foncé les rejoindre. Et il courrait après comme un malade. Et moi aussi. Je n’hésitai pas une seconde et fonçai à mon tour dans l’enclos. Je m’enfonçais dans la terre, hurlant son nom et lui ordonnant de me rejoindre. Mais rien n’y faisait. Et j’avais qu’une peur, que son cul se fasse défoncer par le fusil de l’agriculteur. Je courais un peu plus vite, tentais de le rattraper, sprintais pour le sauver. Et quand finalement j’allais presque abandonner, j’eu un dernier élan de force pour me jeter sur lui, me ramassant dans la boue mais avec le chien dans les mains. Je l’avais eu.

YES

Je posai ma tête dans la merde et regardais ma montre. 20 kilomètres et 300 mètres. J’avais réussi. Je l’avais fait. On l’avait fait. Je serrais Franck dans mes bras, voulu l’embrasser et finis par vomir. J’avais tout donné. Peu être un peu trop.

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6 réflexions au sujet de « Leçon n°64 : Courir le semi-marathon »

  1. Ah ah ah !!! J’adore !!! J’ai eu mal aux cuisses, les poumons (encrassés de tabac pour ma part) en feu et le tee-shirt trempé en lisant ton post ! Moi aussi je veux courir, mais c’est pas mon ours de 50 kgs qui va m’aider… Tu me prêtes ton chien, dis ? 😊

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    1. Ça me fait plaisir de faire faire du sport aux gens rien qu’en lisant mon post Ahah ! Je vais peut être le relire aussi du coup :p
      Franchement, je te le déconseille ce chien … Il y a une semaine je suis partie courir avec, c’était les chevaux cette fois … Il a explosé mon iPod l’ordure ! Je suis sûre que ton ours, ça, il ne le fait pas 🙂

      Aimé par 1 personne

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