Leçon n° 58 : Etre de mariage

Ce week-end avait été le paroxysme de mon célibat. Moi, beauté fatale d’1m62 aux formes plantureuses, à la poitrine ferme, aux cheveux soyeux et aux yeux pétillants, j’arrivais au mariage d’une amie d’enfance, sans un homme à mon bras, malgré mon pedigree plus que flatteur. Seule, et ce depuis plusieurs mois, célibataire noyée dans un champ de couple. J’étais la « célib’ du groupe », comme ils disaient tous.

Autour de moi, à ce mariage pourri, que des canons aux bras de leurs copines. Comme des trophées, ces greluches exposaient leur prix aux yeux de tous, et, comme une évidence, ma place n’était autre que celle au milieu de ce clan de couples parfaits, moi célibataire endurcie. C’était beau le bonheur de l’amour. Beau à en vomir.

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À ma droite, Géraldine et Matthieu, fiancés depuis 2 mois, en couple depuis 8. « Une évidence » nous avaient-ils dit. Lui, avocat au barreau de Paris, moulé dans un petit costard à 3 pièces, elle, la bague en diamant plus grosse que son œil au doigt. La folie des débuts.

Puis, à gauche, Juliette et Vincent, LE couple inséparable. Vincent avait rencontré Juliette au lycée et ne l’avait jamais quittée. Un vieux couple en somme.

Et en face, Steeve et Geoffrey, mon couple d’amis trendy que tout le monde adorait, capable de rendre jaloux le plus hétéro des célibataires. J’étais à la table de la loose, à la table du bonheur éternel et des papillons dans le cœur.

J’enfilais les verres et remplissais ceux des autres, oubliant mon célibat dans une bouteille de vin blanc à la fidélité implacable. Et alors que je pensais ma soirée gâchée, que je croyais que plus rien ne pouvait me sauver, j’aperçu l’inavouable, l’inexcusable, la bénédiction de ma soirée.

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Oui, il était bien question de Vincent, l’amoureux d’enfance de Juliette, qui faisait clairement les yeux doux à l’un des homos autour de la table. C’était insensé ! Je ne lâchais rien du regard et je voyais tout. Sa manière de lui servir de l’eau en lui agrippant la main, sa façon de lui dire « avec plaisir » en se mordillant la lèvre. Vincent était donc gay. Et Juliette se forçait à ne rien voir.

Puis, à ma droite, le téléphone du fiancé au coup de foudre ne cessait de sonner. Discrètement, je tentais une diversion toute trouvée : la laideur de la robe de mariée. Oui, j’avais osé, je l’avais lancé, comme une bombe. La robe de mariée était une merde. Une espèce de grosse meringue rose pastelle sur une mariée à la peau livide. Le ton sur ton, rien de pire.  Il ne m’en fallait pas plus pour échauffer les esprits des filles et faire fuir les hommes.

Et c’était le moment. Dans sa course, Matthieu avait oublié son portable. Je devais savoir et détruire la prétendue perfection. Et dans ce moment de frivolité perverse et de voyeurisme, j’attrapai le téléphone et m’empressai de l’ouvrir sous l’inattention de tous. Et là, stupeur ! Non, ce n’était pas des messages d’une maîtresse au sous vêtement plus sexy que ceux de sa jeune fiancée. Non, c’était encore mieux. Des notifications. 26 likes, 6 commentaires et 4 partages. Devant moi, j’admirais des photos de l’homme, au milieu d’une horde de femme aux mœurs légères et à moitié nues, entouré de cadavre de bouteille de vodka et de cendriers débordants de mégots de toute sorte. Et, comme cerise sur le gâteau, en description de photo, le don Juan s’était cru poète et m’offrait un bouquet final :  » kom tt lés weekend, King M. é de sorti ».

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Devant tous ces faux semblants, ces paraitres de couples parfaits, ces mensonges et ces complications, je comprenais enfin : être célibataire n’était pas si mal.

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