Leçon n°57 : Avoir une fuite d’eau

Allongée dans mon lit, j’étais à la limite du meurtre. Je l’entendais, cette petite goutte s’étaler sur le sol et me rendre folle. Il y avait une fuite, une putain de fuite au milieu de ma cuisine de deux mètres carré et qui obligeait une goutte à atterrir sur mon carrelage.

Je devenais timbrée, timbrée à attendre que cette gouttelette se ramasse sur le sol à intervalle régulier. Bim. Bim. Elle me narguait, elle se jouait de moi, parfois même me faisait des suspens, à oser ne plus tomber, me laissant croire qu’elle abandonnait pour finalement revenir avec plus de force. J’avais envie de l’attraper, de lui crier de se taire, de l’étrangler pour lui faire perdre la vie qu’elle n’avait pas.

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Une goutte. Une goutte me faisait péter un câble. Au point de me lever chaque seconde et de l’essuyer au sopalin, au point de taper dans les murs, de mettre des boules quies, de boucher les trous au plafond avec un cure-dent, de crier pour qu’elle disparaisse. Je la détestais. Mais en réalité, celle que je détestais vraiment c’était ma voisine. Ma voisine qui avait laissé couler un filet d’eau de son robinet et qui était parti en week-end. Cette connasse qui n’avait pas trouvé judicieux de me laisser le double de ses clés alors même que quelques jours avant le plombier annonçait qu’il devait passer le samedi, cette débile qui s’en foutait royalement parce qu’elle, elle n’avait pas de soucis de fuite. Bien évidemment stupide et infime petite créature, la fuite vient de chez toi idiote. Tu es la source même de la merde. C’est encore pire.

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A ce moment précis, toujours étalée dans mon lit, la goutte en fond sonore, je m’imaginais en taule. Je m’imaginais incarcérée, enfermée dans ma petite cellule. La raison ? Meurtre à coup de robinet. « Après des heures à retenir sa haine et sans réponse de son plombier, la goutte lui a finalement fait perdre ses moyens, la jeune Mary Bridgestone n’en pouvait plus, elle passa à l’acte« .

Je la voyais, cette putain de goutte, plantée au plafond, qui me faisait de l’œil. Je devais trouver une solution, je devais monter à l’étage et laisser  la place au plombier, qu’il la détruise, qu’il l’anéantisse, qui lui fasse sa peau. Ou mieux, le devenir moi-même. Après tout, je n’avais besoin de personne, personne pour boucher quelques millimètres, pour mettre un coup de joint. J’en étais capable et j’allais le prouver.

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Bien sur, j’avais d’abord pensé au serrurier, le coup classique, sur, qui m’assurait une réussite mais ce con coûtait une fortune. Non, j’avais trouvé une solution, devant moi, comme une évidence, un signe du destin. Une échelle. De ma fenêtre, dans la cour, je voyais une échelle. Suffisamment grande pour atteindre la fenêtre de ma voisine.

Oui, je n’avais pas hésité. A 3h du mat, en petit short presque le cul à l’air, j’escaladais, marche par marche, sans réel but apparent. Et c’était le bon terme : sans réel but apparent. Car devant cette fenêtre fermée, je me heurtais à la réalité. Je ne pouvais rien faire. Je n’allais décemment pas défoncer la vitre pour trouver une fuite. Et pourtant, pourtant j’avais essayé.

Bien sur, je suis tombée. Comme à mon habitude. Le comble c’est que je m’étais cassée le petit orteil, celui de gauche. J’avais dû rester allongée pendant 5 jours le temps de pouvoir marcher de nouveau. Tout ça sous le regard de cette goutte qui n’avais cessé de tomber.

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