Leçon n°56 : Prendre part à une dispute

Hier ça gueulait. Ça gueulait vraiment sec chez les voisins du 3ème. Ils s’en foutaient plein la face. Des insultes, des reproches, des regrets. Ils balançaient tout, sans retenue, pour mon plus grand bonheur.

Ça avait démarré de rien, d’une vaisselle pas lavée je crois ou d’une chasse d’eau pas tirée. Je n’arrivais pas bien à entendre à cause de la distance. Mais quand même. 3 étages, leurs cris stridents dépassaient presque la vitesse du son. J’entendais tout. Et encore mieux lorsqu’elle jeta ses fringues au milieu de la cour. « Enculeeee » avait-elle hurlé.

Cette bonne femme je l’avais jamais vraiment aimée. Je la trouvais terne, fade. Elle portait toujours un petit foulard en soie et souvent de mauvais goût. Le genre qui nuance les gris et qui te donne un teint blafard. Et elle parlait très bas, à la limite du chuchotement, quand elle daignait parler. Elle était un peu transparente. Plus crûment, elle ne servait à rien.

kill yourself

Je me souviens parfaitement de cette réunion qu’on avait eu un été, pour faire le point dans l’immeuble. J’étais à fond. J’avais donné plein d’idée, créer un jardin collectif, construire un barbecue ou encore monter une piscine. Que des choses impossibles à Paris bien évidemment. Mais je donnais des idées. Ce fantôme de Thérèse, c’était son nom, ne disait rien. Je ne me souviens même plus de l’avoir vu voter.

Mais ce soir, sous la pluie comme dans un film, la valise de son mec dans les mains, au milieu de la cour, Thérèse n’était plus la même. Elle était devenue un dragon prête à cracher sa flamme, un monstre prêt à déverser sa colère, un titan prêt à répandre sa haine. J’avais même vu la fumée sortir de son nez. Ou c’était sans doute la morve. Faut dire qu’elle pleurait fantomette. Elle en déversait des litres. Et elle avait du mal à respirer. Derrière ma fenêtre, cachée par les stores, je ne ratais pas une miette.

Et je comprenais enfin ce que son débile de mari lui avait fait, sans grande surprise. Il l’avait trompée, salement, lâchement. Il avait réalisé un espèce de cliché : coucher avec sa secrétaire. Sauf qu’apparemment, sa secrétaire à lui elle était grosse et moche.

Thérèse n’était pas celle que je croyais. Car devant ce vieux mec et sa secrétaire pourrie, elle balançait grave. Elle hurlait dessus et l’insultait de tous les noms. Elle cachait bien son jeu la vieille peau. C’était une bombe, une bombe à retardement. Et elle venait d’exploser à la gueule de son connard de mec. Elle me passionnait.

fan

Et dans un élan de soutien, ma langue fourcha et ma grande gueule l’ouvra une nouvelle fois. « Vas-y Thérèse !!« .

Vas-y Thérèse ! Vas-y Thérèse ? J’avais osé lancé un « Vas-y Thérèse« , un mot d’encouragement à cette pauvre femme qui se délivrait enfin.Je venais de lui gâcher son moment. Ce moment si important de la crise, des adieux, des « j’te balance tout t’es qu’un con ».

Prise de panique, remise à sa place de vieille fille, elle regarda affolée autour d’elle et, comme dépossédée de la haine qui l’avait jusque là envahit, elle lâcha, juste avant de se réfugier dans son appartement, « et, euh, au revoir ! « .

Thérèse, si tu lis ce texte, ne m’en veut pas d’être cette connasse à la grande gueule qui vole les instants de gloire des autres. Je voulais juste t’aider.

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