Leçon n°55 : Boire un coup

J’avais tendance à lever le coude assez facilement en soirée. J’étais un peu un pilier de bar, un de ceux légendaire qui appelait les barmans par leurs prénoms et qui connaissait les cocktails par cœur. Et ce soir là, je n’avais pas échappé à la règle.

C’était un samedi, un samedi pourtant calme, un soir où j’étais confortablement installée dans mon canapé avec pour seul breuvage un thé à la menthe. J’avais décidé d’être un peu sage, après les folies des fêtes de fin d’année. Je ne m’en étais toujours pas remise, de cette bouteille de champagne que j’avais sifflée seule le soir du 31. Un petit élan de motivation.

Je dégustais donc mon thé, laissais mon foie se remettre et m’étalais dans mon plaid. Ce soir, je prenais du temps pour moi. Masque pour la peau, soin des cheveux et manucure sur ongles rongés.

TEA

 

Mais ça c’était avant de recevoir un message groupé. « Le séisme« . C’était le nom de la discussion. Une référence à mon arrière-train qui avait un don pour twerker  et qui était capable de se dédoubler. Au sens propre. Une fesse partait à gauche et l’autre remontait vers la droite. Mon cul faisait un appel d’air. Un talent que j’avais longtemps caché, consciente du danger qu’il pouvait provoquer.

Mais ce soir, il s’agitait, il voulait bouger, il voulait vivre, il voulait se lâcher, il voulait me jeter la tisane en pleine gueule et aller danser. Alors, presque fébrile je répondais oui. Je répondais oui et allais danser jusqu’au bout de la nuit.

Enfin ça, c’était l’idée de base. Arrivée au bar, les copines autour de moi, l’alcool dans le sang et le cul en chaleur, je ne retenais plus rien. Vraiment plus rien. Je ressentais les pulsations, les beats emporter mon corps et je voyais cette table. Cette table seule, sans un verre, sans personne pour l’honorer, cette table si seule qui m’appelait. J’arrive grande folle j’arrive.dance5

Je me retrouvais, sous les applaudissements et le regard émerveillé de tous, les deux pieds sur la table à demi stable, à danser à la limite de la crise de spasmophilie. Et mes copines me poussaient, suppliant pour un petit twerk. Il ne m’en fallait pas plus. Je me retournais, ancrais profondément mes pieds dans le chêne, fléchissais mes jambes et prenais appui sur la seule chose que je trouvais au dessus de moi : le néon. Fausse bonne idée. A peine l’eu je attrapé que celui-ci s’explosa en mille morceaux, me coupa les mains et me donna un gros coup de jus. Paniquée, je glissa de la table, arracha le cuir des fauteuils et, les mains pleines de sang, hurla à mes copines de fuir, fuir avant que le barman nous rattrape.

Je ne suis jamais retournée dans ce bar, et nous n’avons jamais reparlé de cette histoire gênante, mais parfois, lorsque je regarde attentivement ma main, je peux y voir, toute petite, cachée derrière mon petit doigt, cette cicatrice qui me rappellera toujours la fameuse soirée du néon.

Publicités

2 réflexions au sujet de « Leçon n°55 : Boire un coup »

Partage ton avis !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s