Leçon n°51 : Fêter Noël

Tout comme vous, j’avais fêté Noël. Enfin j’imagine que vous l’avez fêté. Je vous le souhaite en tout cas. Peut-être pas cela dit. Peut-être pas, si tout comme moi votre Noël se résume à un vaste merdier. Un monumental et vaste merdier.

Noël, chez moi, c’était ce truc où toute la famille se réunissait après des semaines sans jamais s’être vue et qui, en ce soir béni, décidait de se réunir. Et il fallait être tolérante. Accepter les petits défauts de papy Victor et les trucs insupportables des vieilles Tati Yéyé. Je détestais Noël.

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En fait, je ne détestais pas Noël, je détestais Noël de 2015. Ce Noël que j’avais passé entourée de ces personnes dont le seul but était de m’énerver.

J’avais d’abord eu le droit à papy Victor qui durant tout le repas mâchouillait la dinde trop grillée dans son dentier 1er prix. Puis Tati Yéyé, qui, célibataire depuis des années, s’obstinait  à se comparer à moi. Non, Tati, nous ne sommes pas pareilles. Ton vagin à toi ressemble à une vieille grotte habitée par un grizzli qui n’a pas vu le jour depuis des siècles, moi je ne suis qu’un petit oiseau en période d’hibernation. Rien à voir. Nous n’avons rien à voir. Et mon frère m’avait abandonnée, il m’avait laissée affronter les monstres de la famille seule, trop préoccupé par sa débile de Bérénice. Il avait préféré lui offrir un voyage à l’autre bout du monde plutôt que la campagne familiale. Logique.

Mais le plus dur ne fut pas dans le repas dégueulasse, dans la bûche ratée ou dans les convives exécrables, non, le plus dur fut lorsque vint l’heure des cadeaux, lorsqu’enfin j’allais avoir celui qui allait changer ma vie. J’avais demandé un pur produit de la consommation, un bijou de technologie : le dernier iPhone. Et je l’attendais tellement, moi qui n’avais entre les mains qu’un téléphone sans internet et sans SMS illimité, incapable de prendre une photo et encore moins capable d’en lire une. Un téléphone qui ne servait qu’à appeler. En somme, un portable qui ne servait à rien. Le genre de truc qui ne devrait pas exister, une insulte à la socialisation basique.

what

J’attrapais la petite boîte rectangle emballée dans un papier cadeau rouge recouvert de papier doré et laissais le cadeau glisser entre mes mains. Mon Iphone, j’allais avoir mon Iphone. La larme presqu’à l’œil, je sentais mon corps palpiter à l’idée de pouvoir toucher ce trésor du bout des doigts. J’imaginais le téléphone déposé entre mes mains, feintant un appel pour pouvoir pavaner en public. Je l’adorais déjà, mon Iphone 6S. Je l’avais tellement attendu, comme une gamine de 5 ans un soir de réveillon, comme une fanatique de Bieber à quelques heures d’un concert.

J’étais en transe. Et je le fus encore plus lorsque j’avais le cadeau entre les mains. Je le déchiquetais, le déchirais, dévorais le papier entre mes dents. Mon coeur palpitait, palpitait de plus en plus fort et s’arrêtait finalement.

Je fis une crise cardiaque. Je fis une crise cardiaque lorsque j’ouvrai finalement mon paquet et que je vis, affiché en toutes lettres, Iphone 4. Ma mère m’avait acheté l’Iphone 4. Le premier, le vieux, le pourri. « Le moins cher » avait-elle dit. Evidemment que c’est le moins cher, c’est à peine si il peut recevoir un appel.

Evidemment

Assise devant ma Tati Yéyé, mon vieux papy Victor, et mes deux parents je comprenais enfin. Quoi qu’il arrive, mon Noël sera toujours merdique.

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