Leçon n°43 : Détester les gosses

J’avais très peur. J’étais terrorisée lorsque le calendrier m’annonçait du retard et que mes nausées matinales n’étaient pas dûes à une gueule de bois. C’était la panique. Assise sur le rebord de mes chiottes, la tête enfoncée dans la cuvette, je comprenais enfin. C’était évident. J’avais dans mon magnifique utérus un alien, un truc qui allait me déchiqueter le périnée et qui allait me défoncer la chatte avec son petit crâne de morveux. Un massacre.

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C’était impossible. Je ne supportais pas les gosses. Paniquée, j’attrapai mon téléphone, appelai Bridget et lui balançai tout. Mes vomissements, mes maux de tête, mes envies de fraises Tagada et ma peur obsessionnelle de devenir cette mère au foyer cloîtrée avec son sale chieur qu’elle était elle-même. Et à peine eut-elle le temps de m’interrompre, de me baratiner un mensonge, que je raccrochai, enfilai mes bottes et fonçai chez elle.

Je m’installai dans le métro, constatai que toutes les places étaient prises, et réveillai finalement un petit grand-père pour qu’il me laisse le siège. Je portais la vie, il finissait la sienne. Il me devait bien ça.
Et je voyais tout autour de moi ces mômes mal élevés qui hurlaient dans ce métro bondé. Je ne les supportais plus. Leurs regards de chiens battus, leurs langues surfant sur les fauteuils dégueulasses, leurs souffles sur la vitre pour faire de la buée. Ils étaient sales, bruyants et moches. Surtout le petit à côté de moi, avec ses grosses lunettes en cul de bouteille, sa crotte de nez sur le doigt qu’il admirait depuis 10 minutes et la cire qui coulait de ses oreilles. Et cette garce, qui, dans les bras de sa mère, hurlait bouche ouverte, langue pendue, qu’elle était fatiguée et qu’elle voulait dormir. Et bien ferme la et dors, connasse, tu as la chance d’avoir quelqu’un qui te porte.

shut-ups

Je les regardais avec dégoût et disais adieu à ma vie de rêve. Adieu samedi soir endiablé, adieu bouteilles de vin, talons hauts et robe sexy, adieu vie de rêve. J’allais devenir mère.
Et, la gorge serrée, je quittais le métro, rejoignais Bridget le cœur en peine. Mon avenir était signé. Ses couches pleines de merde, ses premiers pas ratés, ses coloriages pourris, ses leçons de grammaire inutiles, sa première cigarette et son entrée à la prestigieuse université d’Harvard. Une destinée à servir un chiard, une vie gâchée.

Je regardais une dernière fois le ciel, priais pour un miracle, et frappais finalement à la porte de Bridget. Je m’écroulais, bégayais, confondais les mots et me faisais finalement interrompre. Comme une évidence, elle me regarda sans une once de pitié et me lâcha : « Mary, ton dernier rapport remonte à près de deux mois et ce n’était qu’un cunni’ !« 

Pas de môme, pas d’utérus colonisé, pas de petit fœtus dans ma douce muqueuse. Rien de tout cela. Non, ce n’était qu’une colossale et persistante diarrhée.

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