Leçon n°42 : Se voir décerner un prix

C’était le début de semaine et tout commençait bien. En ce lundi, Thomas était entré en furie dans le bureau, avait poussé la chaise qui barrait son chemin, avait atteint le centre de la pièce et, de sa grosse voix sexy, il nous avait annoncé la bonne nouvelle :  » Qui l’eut cul ?  » était l’invité d’honneur d’une cérémonie prestigieuse parisienne qui prônait la littérature. On avait gagné un prix. Nous, le magazine érotique numéro 1, celui qui enquêtait sur les techniques buccales en vogue et qui propulsait les deniers talents du X, celui-ci même était l’invité d’un événement culturel. Une sorte de dîner de cons intellectuels. Et les cons, c’était nous.

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C’était le fondateur même qui nous avait convoqués. Mr Kingle, un vieil anglais un peu cul serré, un aristocrate héritier d’une famille inconnue, en somme, un croûton au dentier doré et au fauteuil dernier cri. J’avais donc sorti ma plus belle robe, celle qui mettait en valeur mes seins mes yeux, qui était aussi bleue que le saphir que je n’aurais jamais, celle qui m’avait permis de pêcho la moitié d’une boîte de nuit tropézienne un soir d’été 2013. Et je n’étais pas la seule à m’être mise sur mon 31.

Thomas avait enfilé son plus beau costume et avait même fait pêter le nœud papillon argenté, Blandine avait mis ses hauts escarpins à semelle rouge et Gertrude avait ramené un dogue allemand. D’après elle, il fallait un chien, comme toutes les parisiennes. Un très petit ou un vraiment gros. Elle avait choisi le vraiment gros. Un espèce de monstre qui m’arrivait à la hanche, aux yeux globuleux et à la queue virulente. Il s’appelait Pine. Je vous avais dit, il avait la queue virulente. « Une maladie d’enfance » avait dit le vétérinaire. Pour lui, le molosse aurait subi un traumatisme durant ses jeunes années qui aurait causé un trouble dans sa vie sexuelle. Plus simplement, tout ce qui était à poil était l’objet de son fantasme. Il devenait fou à la vue d’un Coton de Tuléar, d’une perruque aux boucles soyeuses, d’un tapis à la laine fournie.

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Et nous y voilà. Tout le gratin était là, de la noblesse du 16ème jusqu’aux ministres aux noms inconnus. Les petits fours, l’orchestre au violon, le champagne à foison, le lustre en diamants et les beaux chandeliers en argent. Tout, j’avais le droit à tout. J’étais ravie. Nous l’étions tous. Surtout Pine. Autour de lui, des centaines de bourgeoises à fourrure paradaient boule de poils à la main. Une torture. Gertrude se faisait balader de coin en coin, boudinée dans une combinaison qui ne mettait en valeur que sa culotte de cheval.

Mais le drame vint lorsque la doyenne, la comtesse Van Lenchtein, monta sur scène, arborant son plus beau chapeau, une espèce de boule en renard, une sorte de bonnet dégueulasse qui laissait apparaître un petit museau. Et cet animal empaillé faisait de l’œil à Pine.

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Et si Gertrude contenait l’animal depuis le début, elle ne put le retenir lorsque le stylo de la vieille peau lui glissa des doigts et que , à la manière d’une strip-teaseuse ratée, elle s’abaissa dos à la foule, jambes tendues et cul en l’air, laissant apparaître entre ses deux escalopes ridées et flasques, la petite tête du furet torturé. Et il n’en fallait pas plus à Pine. Le dogue arracha la laisse des mains de Gertrude, fonça tête baissée au milieu du public, fit un bon sur scène et atterrit la truffe dans le cul de la vieille mégère. Étalée sur le sol, ses faux cheveux emportés par l’élan, la femme se retrouvait le crane à l’air, sans un poil sur le caillou. Devant elle, sans aucune retenue, le chien fêtait finalement sa victoire, offrant à la perruque et au renard mort un aller sans retour au 7ème ciel.

Il n’y avait pas de doute, question érotisme, notre équipe était la meilleure !

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