Leçon n°37 : Dire au revoir avec élégance

C’était la rentrée. Et qui disait rentrée disait forcément nouvelles têtes et quelques adieux. Il était donc temps de dire au revoir à notre petit chouchou, le stagiaire le plus sexy du monde, le plus gentil de l’univers, le plus intelligent de tous, notre bébé maintenant devenu grand. C’était Colin, notre Colin.

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Mais son heure avait sonné. Il devait voler de ses propres ailes, aller à la rencontre de son avenir, ouvrir de nouvelles portes. Il n’avait pas vraiment eu le choix : « qui l’eut cul? » ne lui avait pas proposé de CDI, ce qui n’était pas vraiment une surprise. Mais Colin n’en avait pas voulu au journal. Puis, après tout, il n’avait pas vraiment de raison. Il avait eu la belle vie notre poulain dans notre cocon : un joli bureau mal décoré, un salaire pitoyable, pas de jour de vacances, des horaires infernaux et aucune reconnaissance. Mais surtout, il avait eu le pot de départ le plus pourri de tous les temps.

C’était vendredi soir, 18h. Colin avait tout préparé. Toute la journée. Il nous avait répété combien il était triste de nous quitter et comme les adieux allaient être difficiles. Il avait mis les petits plats dans les grands. Il avait même cuisiné. Colin était attentionné, très attentionné. Il l’avait toujours été, depuis ses premières heures. Depuis, surtout, le jour où il était allé me chercher des ovules à la pharmacie pour une mycose persistante ou encore ce moment gênant où il avait gratté la corne des talons de Gertrude qui ne pouvait plus marcher. C’était un ange. Et il allait le prouver encore à sa soirée de départ.

Le champagne coulait à flot, et j’étais la première à en profiter. Un peu trop peut-être. Je buvais coupe sur coupe, à la limite du raisonnable. Et je n´étais pas la seule. Violaine, la secrétaire, s’était aussi fait un plaisir de déguster les bulles pétillantes accompagnée de Blandine, la petite stagiaire au nez crochu et aux cheveux secs du bureau d’à côté.

Et la tension montait, les rires s’accentuaient, et l’émotion nous gagnait. Et ce n’était que le début. Le plus dur était à venir, quand Colin n’eut d’autre choix que d’entamer un discours d’adieu, le vrai, celui avec la gorge serrée et les larmes au coin des yeux. Colin attrapa sa coupe, la leva, claqua délicatement sa petite cuillère sur le rebord du verre et prit la parole avec sincérité.

D’abord, il remercia le magazine, puis, les différents services avant de terminer par notre bureau. Et, accompagné d’un clin d’œil, il leva la coupe un peu plus haut et me dédicaça ses derniers mots. J’étais sa préférence, avait-il dit. Il ne m’en fallait pas plus. Il était la mienne aussi. Colin avait été le plus doux des stagiaires, le plus parfait des hommes. Il avait tout gagné, surtout mon amitié. Mais à ce moment précis, ses petits cheveux parfaitement taillés, ses belles dents blanches et sa peau dorée avaient eu raison de moi. L’amitié n’avait plus d’importance, je n’avais qu’une envie : Bouffer son petit cul musclé qui nous faisait fantasmer depuis des mois. Je me jetai à son cou, et, totalement alcoolisée et sans aucun tact, je lui déballai mon affection sans  retenue et avec passion. Prise dans mon élan, je le regardai avec envie, et comme une évidence, lui offris un baiser d’adieu. Je donnais tout. Un « au revoir » digne d’une comédie sentimentale américaine. Il ne manquait plus que la pluie ruisselante sur ma peau de bébé. Et, retirant mes lèvres des siennes, je vis son regard s’émerveiller, une pointe de nostalgie que ce moment appartienne déjà au passé.

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L’histoire aurait pu se terminer comme ça. Mais c’était sans compter sur Blandine, la mocheté de stagiaire qui rêvait depuis des mois de mon protégé. À la vision d’horreur de ma bouche sur la sienne, la folie l’emporta et ce poids plume aux mains aussi fines qu’un nourrisson, se transforma en monstre de fureur. La connasse me sauta dessus et m’arracha d’abord les cheveux pour finalement griffer mon visage de mannequin. Prise de panique, je courus dans la salle et allai me réfugier derrière Gertrude. Et ma baleine avait de la ressource. Elle attrapa la Blandine, la fit voler au bout milieu de la pièce et la propulsa telle une fusée. La brindille s’étala de tout son long sur le buffet de Colin, et s’accrocha à Violaine pour se relever. La vieille pie, totalement alcoolisée, l’insulta poliment, attrapa le premier missile sous sa main, en l’occurrence du guacamole, et le lui enfonça avec force dans la bouche, jusqu’à ce que Blandine s’étouffe. Gertrude, submergée de remord, se précipita sur le corps sans vie de la jeune stagiaire, s’agenouilla, et, hurlant qu’elle était médecin (ce qui signifiait pour elle avoir vu la saison 1 de Grey’s Anatomy 23 fois), commença un massage cardiaque qui n’eut pour effet que de casser une deux côtes à la pauvre Blandine.

Finalement, les pompiers débarquèrent tels des héros. Deux d’entre eux contrôlaient Violaine de ses pulsions meurtrières, l’autre enfouissait ses gros doigts dans le gosier de Blandine alors que, Gertrude scandait à tout va qu’elle pouvait aider.

Et moi, je m’assis à coté de Colin, lui caressai amicalement l’épaule, et lui murmurai : « Merci pour tout, mon Colin, tu vas me manquer » avant de lui déposer un baiser amical sur la joue, sous le regard vide de Blandine qui reprenait vie …

 

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12 réflexions au sujet de « Leçon n°37 : Dire au revoir avec élégance »

  1. Oui pareil : grace à ton coucou sur HC j’ai pu avoir mon moment de rigolade aujourd’hui en lisant cette leçon 37. J’ai particulièrement ri à ça : « et, hurlant qu’elle était médecin (ce qui signifiait pour elle avoir vu la saison 1 de Grey’s anatomy 23 fois) » !
    merci !

    Aimé par 1 personne

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