Leçon n°31 : Faire parler son futur

Je n´avais plus envie de le voir, et c’était bien ça le problème. Après le coup de papy Gégé, après que ce vieux croûton lui ait ordonné de ne plus me toucher, je pensais que l’affaire était réglée, alors même que je n’avais rien demandé.

Et pourtant non, il avait résisté, ce John. Il avait accepté mes excuses minables, avait eu sans doute pitié et m’avait pardonnée. Et j’osais ne pas avoir envie de le voir, cet homme si gentil, drôle et presque intelligent. Je ne ressentais pas cette petite flamme, cette envie de l’attraper sauvagement, de le coller cotre un mur et de l’embrasser avec fougue. Je ne ressentais rien. J’étais quasi vide de sentiment. Un regard inhabité, un coeur froid. Le néant émotionnel.

whatever

Et je culpabilisais. Je culpabilisais d’avoir un homme si bien et de ne pas en vouloir. Était-ce vraiment possible de ne pas pouvoir tomber amoureuse ? Moi qui m’emballe habituellement lorsque l’on me touche seulement l’ épaule, lorsqu’on effleure à peine du regard ma bouche ou lorsque, par erreur, mes cheveux se coincent dans sa braguette. C’était triste. J’étais triste. De ne pas être qui je voulais. De ne pas être cette nana aux envies débordantes, à la folie habituelle, à la passion irraisonnée. Au cœur tendre, tout simplement.

Mais j’y croyais encore. J’espérais encore être frappée par Cupidon, par la foudre de l’amour et par Elton John qui hurlerait dans mon cœur « Can you feel the love tonight?« .Alors j’attendais. Et j’avais raison. C’est ce qu’elle m’avait dit tout du moins. La boule de Gertrude. C’était son truc. Lire l’avenir. Elle avait tout la Gertrude. Les cartes, les grigris, les bouquins de magie noire et les esprits. Elle savait tout faire et aujourd’hui, c’était mon tour.

Assises autour d’une table ronde, accompagnées de bougies d’ambiance, Gertrude attrapa mes mains, les posa énergiquement devant elle, les retourna, les écarta, les trifouilla et gratta son gros menton. Elle me regarda, plissa les yeux, tortilla sa bouche et se décida enfin. Elle me balança tout, ce que j’allais faire prochainement, de mon passage compliqué aux toilettes jusqu’à mon futur baiser passionné.  Elle laissa ma main se recroqueviller, lâcha un soupir et conclut, jetant une bombe à l’eau, me noyant au passage : « Change d’avis ». Et si cette réponse prenait tout son sens, elle le perdait immédiatement quand, devant Gertrude, j’annonçais simplement que je n’avais aucun avis. Je restais sans voix, à ne pas savoir ce que je devais faire. Je respirais un grand coup, et finalement, je compris : Je devais savoir ce que je voulais pour aller à l’encontre de celui-ci.
wtf

Publicités

Partage ton avis !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s