Leçon n°29 : Aller chez Papy Gégé

J’avais presque réussi. Presque. J’avais pratiquement touché le but, attrapé les étoiles, tiré le pompon. Durant quelques jours, j’avais quitté mon cocon et j’étais partie à l’aventure, m’exilant hors de Paris. J’avais besoin d’une pause, de réfléchir, en d’autres mots : de fuir. C’était trop pour moi. Le mariage de Gertrude, la guerre avec Cindy, l’amour de ma vie qui disparaît et John qui apparaissait. Ces dernières semaines avaient été intenses. Alors j’avais pris mon baluchon et j’avais fui où tout était plus beau, l’endroit qui faisait pâlir de jalousie Miami ou Rio, j’avais rejoint le pays de mon enfance, la vieille maison de campagne de mon grand-père Gégé, là où le soleil était plus chaud et l’air meilleur.

Et papy m’avait accueillie les bras ouverts, me faisant oublier tous les travers de mon quotidien. Je m’allongeais sur le vieux transat qui voguait au milieu de son jardin, à l’ombre du vieux chêne qui avait veillé sur mon enfance. Je respirais à grande bouffée et fermais les yeux. J’entendais le silence, je prenais le temps. Le temps de compter les feuilles, d’admirer les papillons, de prendre des photos pour les publier sur Instagram. Je devenais poète. Et papy m’apportait les petits gâteaux que j’aimais tant, ceux qui avaient des pépites de chocolat plus grosses que le biscuit. Paris était bien loin, et mes soucis aussi.

Et pourtant, tellement près. J’attrapai mon téléphone pour publier une énième photo de mon bonheur, lorsque je reçus un message de John. Un texto clair. Il était en Normandie et comptait bien venir me faire ma fête. C’était ce qu’il avait goulûment dit. C’était en tout cas ce que j’avais compris. Mais aux nombreuses relectures, la tendance sexuelle s’évaporait pour laisser apparaître une évidence : John me déclarait sa flamme. Je comprenais enfin. « A tes cotés, je me sens faible » n’était pas une référence à sa panne d’érection du week-end dernier mais bien à son petit cœur qui dégoulinait de sentiment. Tout son message prenait sens : John me livrait son cœur.

joy

C’était bon, c’était le moment, j’étais presque officiellement en couple. John voulait me rejoindre chez papy Gégé, et tout ça résonnait comme une demande en mariage. Les papillons remplissaient mon estomac et je voulais partager mon bonheur. Je sortis du transat, couru portable à la main annoncer la bonne nouvelle à mon grand-père : Mon vagin n’était plus un vieux débris, une roche poreuse, un nid d’araignées, quelqu’un voulait enfin de moi. C’était ce que je lui avais dit, à l’exception du passage sur le vagin. Mais Papy Gégé n’avait pas apprécié : J’étais sa princesse et personne ne viendrait la lui prendre, encore moins sur son propre territoire.

Il attrapa mon téléphone dont il ne comprenait rien, tenta d’écrire un message, puis passa immédiatement à l’appel. Il trifouilla le portable, m’ordonna de composer le numéro de John et me laissa sans une chance devant une scène d’horreur. Papy Gégé rentra en transe, sortant sa canne, remontant ses lunettes à chaque intonation, faisant surfer sa langue sur son dentier et ajoutant à chaque silence « venir chez moi, venir chez moi, il va venir chez moi« .

Et John décrocha. Papy Gégé l’enchaîna, lui hurla qu’il ne mettrait pas les pieds chez lui, qu’il n’était pas le bienvenu, ni lui ni un autre, qu’il ne l’aimait pas et, finalement, papy Gégé lui fit promettre de ne jamais me retoucher, avant de lui raccrocher au nez. Mon grand-père me regarda le sourire aux lèvres, fier d’avoir rembarré le seul homme qui touchait sa petite fille, et me sortit, persuadé de sa bonne action : « voilà ma chérie, quand tu ne sais pas quoi faire, demande moi« . Sérieusement, Papy ?

Chères araignées, mon vagin vous attend.

 mad3

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