Leçon n°28 : Déclarer la guerre

C’était déjà il y a quelques semaines que Gertrude m’avait proposé d’être sa demoiselle d’honneur. J’avais dû accepter sans grand choix. Elle m’avait attrapée de force, m’avait collée au tabouret et m’avait balancé que j’étais la seule et l’unique capable d’un tel rôle. Et j’enchaînais tout : les essayages de robe trop petite pour son gros cul, les tests du traiteur trop light, les visites de salles dégueulasses, les DJs du dimanche, et le pliage de petite serviette. Tout, j’avais le droit à tout. Mais surtout, j’étais chargée de l’organisation du plus pathétique des enterrements de vie de jeune fille.

Gertrude avait décidé de tout précipiter, proclamant qu’elle n’avait plus de temps à perdre. Le rendez-vous avec la fin de sa vie était planifié : Gertrude se marierait début Septembre. Et moi je devais accélérer pour lui préparer un moment unique en beaufitude, un moment de grâce où elle pourrait tripoter du strip-teaser et boire à grosses gorgées. Mais même si Gertrude m’insupportait, je ne pouvais me résoudre à lui organiser une fête de  plouc. Et pourtant, bien malgré moi, je m’apprêtais à me résigner.

Alors que j’appelais des danseurs ayant participé aux plus grands cabarets du monde, que je contactais les plus grands brasseurs de notre décennie, que je me renseignais sur les meilleures soirées du moment, sa vieille cousine Cindy était rentrée dans la course et m’avait imposé le style. Et quel style ! Je la voyais appeler le vieux bar parisien rempli de poufs, contacter le strip-teaser policier au torse ridiculement bodybuildé et commander la banderole affichant « Miss Bonnasse 2015 « . Non, je devais agir, pour Gertrude pour moi. Si je devais sauver une chose de ce mariage, c’était au moins ça. Et les petits fours. Hors de question de manger du Picard.

Cindy sortait sa carte de crédit à chaque appel, n’hésitant pas à facturer immédiatement chaque prestation et régler la note. Je devais agir. Maintenant. Alors même qu’elle raccrochait, je ne perdais pas une minute et lui présentai ma théorie : un enterrement de vie de jeune fille est à l’origine une aberration, l’alimenter de bêtises ne le rend pas plus intelligent. Je lui expliquai combien hurler des chants paillards dans la rue était ridicule, combien se balader habillée en princesse en demandant des baisers était affligeant et combien Gertrude méritait un peu de dignité. Non, je ne laisserais pas ce mariage se réduire à un assemblage de photos présenté en Power Point pourri, sur un fond de « I will always love you« , à 2h du matin, la larme aux yeux, la gorge serrée. Gertrude, pour toi, je me battrai. Ou pas.
svps

Cindy n’avait pas l’attention de lâcher l’affaire non plus. Elle se leva de la chaise, me regarda dans les yeux sans jamais me les faire baisser et me déballa l’arsenal. Elle me rappela qu’elle connaissait Gertrude depuis sa naissance, qu’elle savait ce qu’il lui fallait et qu’elle s’occupait de tout, avant de terminer par un « c‘est la famille » tel un membre de la mafia italienne.

La guerre était déclarée, ouvertement. J’avais bondi de ma chaise, avais répondu que la famille n’était pas le sang et que la dignité d’un mariage entier était entre nos mains. J’attendais le moment opportun pour attaquer. Et il vint. Comme disait mon papy, « tout vient quand il faut, à qui connaît comment attendre« . Ou un truc du genre. Bref, je pouvais enfin répliquer. Cindy levait son petit fessier moulé dans un jean blanc démodé, s’absentant pour vider sa vessie. C’était maintenant. Tout se jouait, je me levai discrètement, attrapai son téléphone à la coque rose bonbon et strass à paillettes, et composai les derniers numéros qu’elle venait de contacter. J’annulai en un éclair les ridicules commandes qu’elle avait passées et m’empressai de reposer son portable. Mission accomplie.

Cindy revenait de sa quête, récupéra son téléphone à peine assise, et me jeta un regard noir à la découverte de mails qu’elle venait de recevoir.  » Votre annulation a bien été prise en compte. Merci de votre confiance, à une prochaine fois » pouvait-elle lire. Elle avait compris. J’étais le traître. Elle me dévisagea, composa les numéros de ces boîtes merdiques, et, avec un sourire narquois, cette conne prit sa plus belle voix pour annoncer une erreur. Non, elle n’avait jamais voulu annuler ces réservations. « Une grosse erreur moche » avait-elle précisé en me fixant, le sourire au visage.

sbtlf

Le combat était plus difficile que ce que j’avais prévu. Enfin, un peu de résistance. Je n’avais pas peur et je n’abandonnerais pas. Cindy, prépare-toi, tu n’as rien gagné, le jeu ne fait que commencer.

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4 réflexions au sujet de « Leçon n°28 : Déclarer la guerre »

  1. Hahahah !! Good luck pour ce combat Cindylien ! En même temps, il y a peut-être moyen de faire une étude sociologique (ethnologique même?) lors de ce foutu EVJF 😉

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