Leçon n°25 : Participer au salon de l’érotisme

Cela faisait un moment que je n’avais pas narré mes histoires de bureau. Trop longtemps pour dire vrai. Il faut dire que depuis que Gertrude était future mariée et que l’homme de ma vie n’était plus que l’homme de mes rêves, les potins n’étaient plus à mon avantage.

C’était sans compter sur la surprise de mon boss. C’était le salon de l’érotisme, et nous tenions un stand. Enfin, j’y tenais un stand, avec Colin. David m’avait expliqué qu’il était important que le magazine soit représenté par le charme, la séduction et le glamour. Évidemment, il m’avait choisie. Et je n’avais eu d’autre choix que d´accepter. Je me retrouvais donc habillée d’une fine couche de lingerie, à trimballer mon petit cul au milieu des allées remplies de sex-toys et autres gadgets à la réputation grandissante. Et alors que je distribuais, sur mes talons aiguilles, les horribles flyers de notre magazine, l’organisateur de l’événement m’approcha et me sourit de toutes ses dents. Il regarda mes cheveux, les attrapa, me poussa l’épaule pour jeter un coup d’œil  par-dessus et pour atterrir sur mes hanches pulpeuses. Il tapota le matériel avant même que je puisse l’en empêcher et hurla à son collègue qu’il achetait. « J’achète !  » Beuglait-il sans retenue.

beurk

J’achète ? J’achète ? Je n’étais devenue qu’une pièce de viande, qu’un bout de chair sur lequel on bavait. Je n’avais plus de fond. Je perdais en un claquement de doigt mon intelligence, mon humour, ma personnalité incroyable. Je n’étais qu’un amas de gras dans lequel tous rêvaient de se morfondre. Une vache d’érotisme. Un animal de foire. En d’autres mots, une vraie pute de luxe. Je m’exprimai aussitôt, montai sur mes grands chevaux, me précipitai pour expliquer que je n’étais pas de ce milieu, que je n’étais qu’une journaliste perdue dans un magazine aux mœurs légères.

Mais rien n’y faisait, l’assistant du roi de l’érotisme m’attrapa par le bras, me jeta dans les coulisses d’un podium et me laissa aux mains d’autres. Des stylistes au talent douteux me dotèrent d’une pièce de cuir qui ne cachait qu’une zone infime de mes parties intimes. Je me débattais comme d’un mauvais rêve, ne réalisant pas ce qui m’arrivait. C’était pourtant clair, j’allais défiler devant un parterre d’homme en rut et de femmes en manque. Sur la scène, je voyais déjà un homme nu, tournant sa bite comme l’hélice d’un hélicoptère. D’un très gros hélicoptère. Non vraiment, l’hélicoptère d’Obama je pense. Bref, un homme nu jouant avec sa queue. Au milieu d’une foule en extase.

Et vite, ce même homme s’approcha d’une femme elle aussi à moitié nue. Et alors que je pensais avoir tout vu, la femme s’accroupit, se mit à 4 pattes et aboya tel un caniche devant une saucisse. L’homme s’approcha d’elle, lui hurla de se taire et lui ordonna le silence. Et comme la chienne n’arrêtait pas, il attrapa son pénis aux mensurations improbables et lui déposa violemment sur la joue. Une « bifle ». Il venait de la « bifler » publiquement.  Horreur. Mais où étais-je ? Je voulus fuir, voulus retrouver ma liberté, ma dignité et tout ce que pourquoi les femmes se battaient depuis si longtemps. Mais tandis que je hurlai à mon tour, un homme m’empoigna violemment, le regard puant le sexe, et il m’annonça que c’était à mon tour. Il me jeta comme dans une fosse aux lions en plein milieu de la scène, me posa un fouet dans le creux de la  main et me laissa en sous-vêtement sadomasochiste à la recherche du respect. J’étais pétrifiée, les larmes serrant ma gorge et rêvant qu’on me retire de cette place qui n’était pas la mienne.

horrible

Et alors que je me voyais déjà « biflée » par un inconnu, que je m’imaginais une laisse au cou, Colin sortit de nulle part, monta sur scène et recouvra mon corps d’un peignoir. Il m’entoura de ses bras que je n’avais pas imaginés si gros et hurla à tous que le spectacle était fini. Et comme un héros, il courut vers cet homme aux épaules carrées qui organisait de telles absurdités, et, d’un courage qui ne le caractérisait pas, il enfonça son poing sur son visage. Sans surprise, le macho le saisit et lui retourna le compliment.

Colin et moi ne faisions pas l’affaire. Lui, insulté dans son rôle d’homme des années 50, moi, dans celui de la femme moderne. Ma grand-mère avait raison, beaucoup de changements avaient eu lieu. Et ma mère encore plus : beaucoup de changements devaient encore avoir lieu.

À tous ceux qui essayent de changer les choses, nos idéaux construits et nos codes ancrés par la société : Merci.

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