Leçon n°23 : Se mettre au régime

Le ciel était gris, les nuages recouvraient la capitale, les voitures s’agglutinaient dans les rues étroites de Paris et tout m’empêchait de respirer. J’allais mourir, sous peu. Et je n’étais pas la seule. Toutes les chaînes d’information nationale étaient unanimes : le pic de pollution atteignait son maximum et mes petits poumons criaient à l’agonie. Je n’avais pas le choix. Moi qui détestais tant les médecins, je devais m’y résoudre, j’avais besoin d’aide si je ne voulais pas mourir asphyxiée.
Ça avait toujours été, depuis toute petite. J’avais créé une hyperventilation allergique aux substances aériennes denses. C’était le diagnostic que je m’étais déclaré. Le docteur, lui, avait parlé d’asthme. Simplement. Mais dans mon corps à moi, c’était différent. Dans mon corps, tout devenait pire. Dans mon corps, tout n’était que Bubble gum géant et volcan en éruption.
heart
Mes organes gonflaient à chaque inspiration, mes mains devenaient moites, mes yeux s’imbibaient de sang et mon souffle était court. Un cauchemar. Je me transformais en monstre. D’après ma mère, j’héritais d’une sensibilité à l’univers. Je réagissais aux souffrances du monde. Le surplus de pollen, le réchauffement climatique, la pollution parisienne ou la disparition des bébés phoques, tous les maux de la planète devenaient anxiogènes et provoquaient des réactions internes dramatiques.
Un vrai nid à bactérie la Mary.
Alors aujourd’hui, la gorge serrée, je patientais dans la file d’attente espérant passer rapidement avant de mourir noyée dans mes propres glaires. J’en rajoutais, raclant ma gorge à chaque regard de la secrétaire, plissant les yeux et me tenant le ventre. J’inspirais la souffrance. Et ça marchait. Je la vis attraper le téléphone, chuchoter quelques mots, jeter un œil par-dessus son écran, envier mon corps de déesse, et me faire signe de la rejoindre à son bureau. « C’est pour quoi ? » me lança-t-elle avec nonchalance. Sortant mon mouchoir, me pinçant le bout du nez, je racontais mon histoire, ne limitant pas les détails, la morve jaune et les yeux qui coulaient. « le Dr Dumard va vous recevoir« .
Et en effet, le Dr Dumard me reçut. Moulé dans sa blouse blanche, l’image du vieux médecin au stéthoscope glacé était bien loin. Docteur Dumard devint Docteur Mamour à la seconde où je croisai son regard de braise et ses pectoraux saillants. Je restais en extase devant cette beauté médicale, cet antidote à lui tout seul, ce dieu de la piqûre. Il me tripota la gorge comme je rêvais qu’il touche mon corps, tapota mes glandes salivaires comme je fantasmais qu’il tâte mes ovaires. Et alors que j’admirais ses petites fesses musclées, il se retourna et m’annonça le verdict :  » Une allergie Mademoiselle, c’est une vraie de vraie allergie. Sous antibiotique pendant une semaine ! « . Et alors qu’il faisait danser son stylo sur l’ordonnance, je lui contais mes souvenirs allergiques avant d’être interrompue par le bellâtre, qui, d’une phrase une seule, me fit grimper aux rideaux :  » De toute manière, nous allons nous revoir rapidement, il me semble « .Oui ! Il avait compris. Enfin, mes yeux doux, mes mains dans les cheveux et mes pincements de lèvres avaient fonctionné. À demi surprise, je jouais la comédie à merveille et feintais l’étonnement:  » Ah oui ? Nous revoir ? « . Et, m’enchaînant, sans même percevoir les dégâts qu’il causait, il transperça mon cœur d’une flèche littéraire : « Et oui ! Pour le suivi de bébé ! Vous êtes bien enceinte, n’est-ce pas ? « .
wtthll
Mon visage se décomposa, honteuse, je lui souris faussement, la langue gonflée comme un ballon, les yeux mi-clos collés par le pus, et, sans plus aucune dignité,  je lui lançai : « le seul fœtus que mon corps porte, c’est le kebab de ce midi, Docteur« .
Il leva les sourcils, lança un regard à mon ventre, et, sans même tenter de se rattraper, il me tendit  l’ordonnance avant de m’indiquer la sortie. Devant la porte, décomposée, je comprenais enfin. Le destin avait parlé. Soit je tombais enceinte, soit je me mettais au régime. Le choix était vite fait :  Utérus prépare toi à l’invasion. Kebab salade tomate oignons sauce blanche frite, il est temps de se dire Adieu…
Publicités

9 réflexions au sujet de « Leçon n°23 : Se mettre au régime »

Partage ton avis !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s