Leçon n°17 : Ne jamais perdre espoir

C’était le grand moment. Celui de doute et d’angoisse.

Après des heures au téléphone à tenter de sauver mon portable, après un week-end interminable à essayer de réparer mes erreurs, j’allais enfin affronter le monstre. Je ne savais pas si Thomas m’avait répondu. « On ne peut pas le récupérer » m’avait lancé sans scrupule la petite brune de l’Apple store avant d’ajouter  » il est mort« . Mort ? Elle m’avait dit mort ? Mort mort ? D’une mort que personne ne pouvait ramener à la vie. Une vraie mort. Une qui efface les numéros du répertoire, les photos de vacances et les textos endiablés. Cet imbécile avait tout supprimé. Et je me retrouvais sans réponse face au sms qui venait de me coûter ma réputation. Mais j’affronterai sans peur. Non, je ne tremblerai pas devant Thomas, devant ma ridicule déclaration et devant son refus potentiel. J’attraperai le taureau par les cornes et je lui ferai sa fête. J’arriverai triomphante au bureau, talons claquant le sol marbré du grand hall, jambes presque fuselées traversant la salle, robe moulant mon corps rebondi, cheveux domptant l’air, yeux de biche et pommettes saillantes.

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Et je croiserai finalement Thomas et sans une once de panique, je m’avancerai confiante, le fixant du regard et le couperai alors même qu’il n’aura encore rien dit. Je ne lui donnerai aucune explication, je ne détaillerai pas l’incident du texto perdu, et, conquérante, je lui dirai seulement que ce message était une erreur de destinataire et qu’il n’aurait jamais dû le recevoir. Je balancerai les phrases avec assurance, les accentuant de battements de cils et de jeter de mèches. Je serai invincible. Et lui, penaud, il restera silencieux, rempli de déception mêlé à l’espoir. Il me regardera m’éloigner et me suppliera de l’épouser et de lui faire des enfants, là, maintenant, au milieu d’une foule en folie. Je deviendrai Madame Thomas. Et c’était bien normal, j’étais parfaite.

Alors en ce lundi matin, je n’étais pas effrayée. C’était une évidence. Tout devait se passer comme je l’avais prévu. Mais lorsque le métro annonça un colis suspect, je compris vite que l’évidence n’était pas si évidente. J’appelai Gertrude et lui annonçai que je serais en retard à l’importante réunion que je devais mener devant les réalisateurs de « c’est la chandeleur, attrape le manche et saute les crêpes ! » . Je remplaçai mes escarpins par les vieilles ballerines noires qui se balançaient constamment dans mon sac et je remontai les rues, à court de souffle, le visage écarlate. Je dévalai les escaliers, m’enfournant dans une nouvelle bouche de métro et sautai dans un tram. Je patientai, trépignant d’impatience, incapable de réguler mon corps brûlant qui suait un peu plus à chaque minute enfermée dans ce métro, confinée entre les aisselles d’un obèse américain et les cheveux gras d’une rockeuse ratée.

La panique, le drame. Le scénario tournait mal. Ma jolie petite robe rouge se transformait en serpillère, laissant apparaitre des auréoles dégoulinantes. Mais je n’abandonnerai pas : un mouchoir sur le front, un coup de rouge à lèvres et le tour sera joué. Je rejoignais mon bureau, pressant l’allure et revêtant ma grâce naturelle, dans l’espoir de réaliser mon scénario. Ce fut le cas. Ou presque. Au loin, je pouvais apercevoir ce corps de dieu vivant s’avancer vers moi et, avec désinvolture, il me susurrai: « tu as ramené le fouet Mary ?« . Le message était bien passé, mieux encore, c’était réciproque, j’en était sûre. Il avait tout compris et on commençait enfin les choses sérieuses. Le fouet ! Je le savais sauvage mon Thomas. Et devant mon incapacité à parler, il rétorqua  » Mary, wake up, le fouet ! la réunion, la chandeleur, il nous manque le fouet !« .

Il n’avait pas parlé du message. Il ne l’avait peut être même pas reçu. Oui, c’était évident, il ne savait rien. Et lorsque, presque parfaite, je recherchais le fouet, que bien sur je n’avais pas, dans le fond de mon sac, je tombais sur mon téléphone qui affichait un message d’un numéro inconnu.

« Hey Mary, c’est Connor ! Je pensais avoir de tes nouvelles après le tel culot dont tu as fais preuve, mais n’ayant rien reçu je me jette à l’eau : un petit verre ce week-end ? »

Visiblement, mon téléphone souffrait depuis plusieurs jours déjà, pour mon plus grand bonheur.

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