Leçon n°15 : Prendre les choses en main

J’entendais Gertrude me scander combien son nouvel amour, Jérôme, était parfait. Un grande tige blonde d’1m80 à l’humour rasoir et au regard de cocker. Et elle me répétait combien être en couple était un bonheur, combien son « chéri » lui apportait au quotidien. Gertrude, la plus célibataire des célibataires, me vantait les bienfaits du couple. Le comble. Oui, moi, Mary Bridgestone, j’étais célibataire. La grande Bridgestone, la lionne des boîtes de nuit, la tombeuse du lycée, le Don Juan au féminin était célibataire. Mais la pire des insultes, la pire des injures, était de voir ce dindonneau de Gertrude trouver quelqu’un. Pire, être amoureuse ! C’était impossible.

Je la regardais pavaner de tout son gras, secouant ses cheveux, racontant ses ébats à Colin, toujours passionné par nos histoires. J’admirais le spectacle de ma défaite, contemplais mon échec. Pas de doute, je n’avais personne et le peu de sorties que je faisais n’allait pas arranger mon affaire. Quel drame ! Je le sentais, mon fameux hymen de soie, se reformait, petit à petit, sans un bruit. Oui, ça ne faisait que quelques semaines que j’étais célibataire, mais mon corps avait toujours été un hyper métabolisme. Je me morfondais sur mon sort, à la limite des larmes, alors que Gertrude ne m’offrait pas une once de soutien. Et lorsque je crus être au plus mal, comme une évidence, je me souvins du grand métisse au nom imprononçable , celui rencontré au détour d’un sac à main. Canor, Kemar, ou je ne sais quel prénom. Mais qu’il s’appelle canard ou krema , il était canon. Et les canons c’est rare excepté durant les guerres napoléoniennes. Je saisis mon téléphone, m’empressai de récupérer le numéro que j’avais laissé vaguer sur un bout de papier au fond de mon portefeuille. Connor, il s’appelait Connor. J’écrivais alors, empruntant ma plus belle plume, un texte d’invitation. Je commençai par un « Coucou Connor » que je remplaçai par « Hé Connor » pour l’effacer de nouveau et opter pour « Salut Connor ». Et je continuais, sans même réfléchir pour ne pas me rétracter. Je tapotais à tout allure sans m’interroger sur le sens de mes phrases. Plus rien ne m’arrêtait et mon seul objectif était de décrocher un rencard avec ce beau métisse. Le soleil, le corps d’athlète, la réputation de leurs engins. Tout me plaisait chez cet être des îles rayonnantes. Je voyais déjà nos bébés Jackson Five courant sur les plages blanches ornant notre maison secondaire. J’étais sûre qu’il était chanteur ou peut-être guitariste. J’ai toujours eu un faible pour les guitaristes. Oh oui, un guitariste. « Gratte-moi grand fou » criais-je au milieu du bureau, plongée dans mon message, éperdument conquise.

totaly love

Je lui écrivais, avec une aisance digne des plus grands poètes, lui déclarant combien il m’avait plu et comme je serais heureuse de lui offrir un verre. C’était un homme à limonade. Limonade citron même. On était faits l’un pour l’autre, j’adorais le citron. Et je finalisai mon message, hésitai entre le « bisous » et le  » à bientôt j’espère ». J’écrivis les deux. Je laissai mon doigt en suspens, pour finalement appuyer avec courage sur « envoyer » ! Et voilà, mon avenir prenait vie. En fait, il s’envolait même. En relisant le texto, il me fallut une seconde pour m’apercevoir que l’autocorrection avait agi : mon iPhone avait trouvé juste de corriger Connor par connard. Connor ne me rappela jamais. Quel connard ! Que celui qui n’a jamais vécu une autocorrection dramatique me jette la première pierre ! N’avait-il jamais connu une telle situation ? Il manquait d’humour ce Connor. De toute manière, il ne me plaisait pas plus que ça, j’ai jamais aimé les hommes à limonade, surtout citron.

Faux, archi faux, je priais intérieurement pour qu’il me réponde… et j’attendais encore.

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8 réflexions au sujet de « Leçon n°15 : Prendre les choses en main »

  1. Oh mon dieu si la correction automatique s’y met pour te mettre des bâtons dans les roues 😀 En tout cas, Connor/connard ne sait pas ce qu’il rate 😉 Et nous, ce qui est sûr, c’est qu’on s’éclate en te lisant

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